Ligne Nouvelle Provence Côte d'Azur

Front commun

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Analyse du Groupe Interdisciplinaire de Reflexion Maralpin


Pour information, vous trouverez ici le courrier en date du 21 mars 2014 envoyé au Ministre de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie.

ASSOCIATION de la VALLÉE VERTE et du QUARTIER des SOULIÈRES

Déclarée sous le N° 4176-76
C/o M. Maurizio ZAMPETTI  735 avenue des Chênes verts 06410 BIOT
Biot, le 21 mars 2014
Monsieur Philippe Martin
Ministre  de  l’Écologie,  du  Développement durable et de l'Énergie
246 boulevard Saint Germain
75007 Paris
 
Objet: opposition au tracé de la "Ligne Nouvelle RFF" Cannes-Sophia Antipolis-Nice aéroport
 
Monsieur le Ministre,
 
L'objet de ce courrier est de vous alerter au sujet du front commun qui se développe contre le projet de "ligne nouvelle RFF Cannes-Sophia Antipolis-Nice". Au  lendemain  des  émeutes  de  Nantes/ND  des  Landes,  le  Premier  Ministre,  Monsieur  Jean-Marc Ayrault, a fait la déclaration suivante : "En  démocratie,  le  droit  de  contester  et  de  manifester  contre  un  projet  est  légitime  ... Mais  de telles violences sont inacceptables et rien ne pourrait les justifier" (Angers, 12/02/2014).
À  Biot,  et  dans  la  région,  nous  souhaitons  éviter  les  émeutes  et  les  violences  et sollicitons  donc votre intervention
afin de les éviter.
1) De quoi s'agit-il ?
-1.1-  En  juin  2013,  et  à  la  suite  du  rejet  de  la  LGV  Marseille-Nice  par  les  viticulteurs,  la "Commission Mobilité 21" a classé en priorité la "désaturation" des nœuds ferroviaires azuréens.
-1.2-  Trois  tracés  de  "Ligne  Nouvelle  Cannes-Sophia  Antipolis-Nice"  ont  été  étudiés.  Ils  évitaient les zones à forte urbanisation et/ou classées et/ou protégées. Un 4ème tracé est soudainement apparu, via  Sophia,  Biot,  Villeneuve-Loubet,  Cagnes  sur  Mer,  Saint  Laurent  du  Var,  zones  à  très  grande densité de population et protégées ou classées, pour certaines. Bizarre !
-1.3-  En  septembre  2013,  un  "Comité  de  Pilotage"  (qui  en  fait  partie?)  du  projet  de  la  "Ligne Nouvelle", réuni par le Préfet de la Région, a pris acte de sa "Zone Préférentielle de passage" (ZPP) qui correspond au 4ème tracé, avec une boucle de 24 km, dont au moins 4 en aérien, où passeront 4 TER/heure et 4 TGV/heure, soit un train toutes les 7 à 8 minutes ...
-1.4- En octobre 2013, M. Cherrier, Directeur Régional Adjoint de RFF, a présenté à HUIS CLOS, aux élus locaux le projet de ZPP retenu, pour un budget de "ligne nouvelle" de 4,2 milliards d'€.
-1.5-  Octobre-novembre  2013 :  consultation  hâtive  des  Municipalités  concernées.  Les  Conseils Municipaux ont émis des délibérations qui ne sont, comme vous le savez, que des AVIS.
-1.6-  Décembre  2013 :  consultation  "éclair"  du  public,  avec  distribution  "homéopathique"  de dossiers  RFF  et  information  confidentielle.  Exemple:  les  représentants  de  quartiers  n'ont  pas  été consultés pour connaître l'avis de ceux qui seraient les premiers impliqués par ce projet.
-1.7-  Début  2014 :  dossier  de  lancement  des  études de  la  2ème  phase  au  sein  des  Ministères  qui vous sont rattachés.
Voici un plan d'actions rondement mené au sein de l'administration française ! Mais,  hélas,  au  fur  et  à   mesure  qu'ils  le  découvrent,   les   citoyens-contribuables n'approuvent  pas  ce  projet  pharaonique. L'opposition  se  concrétise  en  pétitions  sur internet et via les mouvements associatifs (exemple : article de Nice-Matin joint à ce courrier).
2) Pourquoi sommes-nous farouchement opposés à la ZPP n°4, retenue par RFF et quelques élus locaux ?
Les  raisons  sont  d'ordre  écologique  et  environnemental  car  le  tracé en  souterrain (20/24  km  au mieux) semble compromis par divers facteurs et se traduira, au final, par de nombreux kilomètres en aérien.
-2.1-  Raisons  techniques  d'ordre  topographique :  il  faut  traverser  des  thalwegs  (ligne  de  pente  qui relie  les  sites  les  moins  élevés  d'une  vallée)  au  fond  desquels  coulent  des  cours  d'eau  de  type torrentiel. Pour Biot, il s'agit en particulier de la Brague ; le fond de la Brague est à environ à la cote 15, les terrains des Soulières et environs sont à la cote 140-160. Le passage en souterrain est délicat car  entre  ces  deux  cotes  il  suppose  des  ouvrages  d'art  en  aérien.  En  dessous  de  la  cote  15,  on  se trouve dans la nappe phréatique du fleuve et directement en conflit avec le niveau marin .
-2.2- Raisons techniques d'ordre géologique : la nature des terrains n'est pas propice à la percée de galeries.  À  la  cote  120  jusqu'à  environ  la  cote  80,  le  sous-sol  est  constitué  d'une  masse  sablo-argileuse  qui  demande  donc,  lors  d'éventuels  travaux,  d'importants  soutènements  (cintres,  viroles, injections, bétonnage à l'avancement) et une lutte
contre les infiltrations inéluctables dans ce type de terrain. De plus, il n'est pas raisonnable d'envisager de grandes longueurs de tunnels dans une région où les secousses sismiques sont permanentes, même si rarement importantes.
-2.3-  Raisons  techniques  d'ordre  physique :  la  vitesse  de  200  à  220  km/h  en  tunnel  de  20  km  de longueur,  telle  qu'envisagée  par  RFF,  est  difficilement  réalisable.  Citons  en  exemple  la  limite imposée  à  Eurostar  dans  le  tunnel  sous  la  Manche : 160  km/h.  Le  croisement  en  tunnel  ou  la présence  concomitante  de  deux  trains  provoque  des  surpressions  très  importantes,  avec  des répercussions sur les passagers et des nuisances jusqu'en surface. De   ces   considérations   il   résulte   que   le   passage   en surface   l'emportera   certainement,   avec construction des ouvrages d'art nécessaires. Ce tracé suppose donc une réfiguration du paysage, qui sera  déchiqueté  et  de  l'environnement  local  saccagé
  avec,  comme  corollaire,  la  paralysie  de  toute activité économique, foncière et de construction de la commune, tant que cette épée de Damoclès ne sera pas écartée définitivement. À  ces  considérations  techniques  s'ajoutent  des  facteurs  d'ordre  humains,  culturels,  logistiques  et financiers.
-2.4- RFF indique vouloir éviter les zones agricoles ... C'est compréhensible à la suite de l'épisode "viticulteurs varois" ... Mais la densité des constructions, de Biot à Nice, ne semble pas effrayer les auteurs  de  la  ZPP.  Un  tracé  aérien  plus  important  que  prévu  dans  une  zone  fortement  urbanisée exigera de coûteuses expropriations. Qui financera les expropriations ? Comme souvent en France, le budget s'en trouvera fortement augmenté ... Et quid des permis de construire qui sont accordés
actuellement au sein de la ZPP ? Ne pourront-ils pas faire l'objet de sérieux contentieux ultérieurs auprès des Tribunaux administratifs ?
-2.5- Certains villages traversés sont, comme Biot, "villages classés", sous contrôle de l'Architecte des  Bâtiments  de  France.  Autorisera-t-il/elle  la  construction  des  ouvrages  nécessaires  à  cette  ligne nouvelle dans les sites classés ?
-2.6- Cette ligne nouvelle devra franchir plusieurs rivières, telles que la Brague, en "zone verte" , à Biot,  par  exemple.  L'Office  National  des  Forêts  donnera-t-il  son  accord  pour  un    "massacre" délimité en "zone verte" ?
-2.7-  Prétendre  que  cette  nouvelle  ligne  servira  à désengorger  le  trafic  routier  de  Sophia  Antipolis est  un  argument  fallacieux.  En  effet,  comment  convaincre  les  20  à  30  000  automobilistes  qui rejoignent  chaque  jour  Sophia  Antipolis  de  prendre le  train,  alors  que  celui-ci  ne  s'arrêtera,  entre Nice-Aéroport et Cannes, qu'une seule fois, à la nouvelle station de Sophia-Bréguières. Vu l'étendue du site de Sophia Antipolis et la position décentrée de la nouvelle gare, il ne faut pas être devin pour prévoir  que  seuls  les  usagers  travaillant  autour  de  cette  gare  pourront  en  bénéficier.  Les  TER risquent  donc  de  ne  pas  fonctionner  à  plein,  aux  frais  des  Conseils  Régional  et  Général,  donc  des contribuables ; et le trafic de Sophia restera engorgé !
3) Quelles sont les alternatives à cette nouvelle ligne Cannes-Sophia-Nice ?
Le  problème  de  la  nouvelle  ligne  de  chemin  de  fer  doit  être  traité  sur  deux  fronts.  D'une  part,  la circulation des TGV et des TER, d'autre part, le désengorgement de Sophia Antipolis. Au sujet de la première problématique, il est indispensable que le tracé n'empiète pas sur des zones à haute densité de population, sur des zones vertes ou sur des sites protégés. Il est donc impératif de  déplacer  le  tracé  de  cette  nouvelle  ligne  vers  des  zones  moins  urbanisées  et  encore accessibles aux Sophipolitains. Concernant  la  circulation  des  personnes  travaillant  à  Sophia  Antipolis,  rappelons  ici  que  des initiatives  sont  en  train de  voir  le  jour  qui  essayent  de  contribuer  à  améliorer  la  situation  actuelle. On  peut  citer,  par  exemple,  le  plan  de  déplacements  urbains  de  la  Communauté  d'agglomération Sophia Antipolis, qui prévoit la mise en fonction d
'une ligne de bus/tram qui reliera directement la technopole  de  Sophia  et  le  pôle  d'échanges  d'Antibes.  Elle  aura  une  longueur  de  9,5  km  en  site propre et desservira 17 stations. Plusieurs autres suggestions peuvent également être faites :
 
ALTERNATIVES À MOYEN TERME
-3.1- Du "Grenelle de l'environnement" il est ressorti une recommandation pour" le transport par câble aérien en milieu urbain" (Voir publication du 28/6/2012)
"Alternatives pouvant offrir des réponses performantes dans une politique de réduction des nuisances et des émissions de pollution et de gaz à effet de serre".
Aux  USA,  en  Australie,  au  Brésil  entre  autres,  les zones  très  urbanisées  sont  de  plus  en  plus desservies  par  transport  par  câble  aérien.  Ces  moyens  de  transport  écologiques  ne  nécessitent  pas une emprise de terrain de grande importance et requièrent moins d'investissements qu'une nouvelle voie ferrée et 20 km de tunnels. Ne serait-ce pas une meilleure solution ?
-3.2- Pourquoi ne pas s'intéresser au "Podcar" ou PRT  (Personal  Rapid  Transport), respectueux de l'environnement, déjà utilisé en Allemagne et en test à l'aéroport de Londres ? (Voir aussi étude de faisabilité réalisée au sein de l'UE). Sophia Antipolis pourrait en tirer de grands bénéfices .
-3.3-  D'autre  solutions,  techniquement  plus  innovantes,  devraient  être  étudiées,  telles  que  la construction  de  téléphériques  horizontaux.  Cette solution  a  déjà  été  expérimentée  avec  succès  aux USA, en Australie et au Brésil.
Le train du type TER était certainement très adapté à la fin du 19ème et au 20ème siècles, mais la politique de réduction des nuisances et des dépenses nous incite à de nouvelles approches, à plus de créativité.
ALTERNATIVES À COURT ET  MOYEN TERMES
Pourquoi ne pas repenser tous les axes de circulation de Sophia Antipolis afin de fluidifier le trafic ?  La  circulation  routière  a  été  mal  conçue  à  Sophia  depuis  sa  création :  "ronds-points bouchons", manque de voies et de sorties vers les villes voisines et l'autoroute ... Pourquoi ne pas développer les pistes cyclables sur l'axe Cannes-Sophia-Nice (Cf. exemples de Cannes-Golfe-Juan et Cagnes sur Mer). Pourquoi ne pas créer davantage de points "co-voiturage" où les conducteurs se regroupent
et laissent les voitures inutilisées ? Pourquoi  ne  pas  créer,  comme  aux  USA,  une  voie  rapide  de  "co-voiturage"  sur  l'autoroute Nice-Sophia-Cannes ? Pourquoi  ne  pas  demander  aux  grandes  entreprises  de  Sophia  de  décaler  leurs  horaires d'arrivée et de sortie, pour fluidifier la circulation ? Pourquoi  ne  pas organiser  un  réseau  de  bus  qui  corresponde  aux  besoins  des  usagers, majoritairement  mécontents ?  Il  n'y  a  souvent  que  quelques  passagers  par  bus !  Le  transport  des passagers  requiert  une  logistique  complexe.  Conseil  général  et  CASA  sont-ils  suffisamment qualifiés ?
Enfin, les transports par TER gagneraient nombre de passagers avec des trains à deux étages, propres et bien organisés et avec des grèves régionales non endémiques ! Tout dernièrement, vous avez, par la voix de M. Frédéric Cuvillier, Ministre des Transports qui vous est rattaché, présenté 25 mesures pour le développement du vélo, de la marche et du co-voiturage.
Comment pourriez-vous avaliser ce projet de ligne nouvelle qui va à l'encontre de tout bon sens et des conclusions du "Grenelle de l'environnement" ?
 
En  vous  remerciant  de  l'attention  que  vous  voudrez bien  porter  à  ce  courrier  et,  dans  l'attente  de votre  réponse,  je  vous  prie  d'accepter,  Monsieur  le  Ministre,  l'expression  de  mes  salutations distinguées.
 
Maurizio Zampetti
Président de l’Association de la Vallée Verte et du quartier des Soulières
Précédemment fonctionnaire (22 ans d'expérience) auprès de la Direction générale de l’Environnement de la Commission européenne
PJ. : article de Nice-Matin du 8 mars 2014